Vendredi 14 août 2009
5
14
08
2009
23:18
L'âge de la stupidité
L'âge de la stupidité, c'est comme jeter un coup d'oeil à travers une paire de jumelles pour observer des gens sur une plage très éloignée. Ils tournent en rond, le regard fixé au sol, sur leurs pieds ou sur le sable, alors qu'un tsunami fonce droit vers eux. Et ils restent immobiles, presque paralysés. Ces personnes dont il s'agit, c'est un peu (beaucoup) de nous, aujourd'hui, en 2009.
Le 15 mars dernier, un documentaire britannique baptisé The Age of Stupid était présenté en avant-première au Leicester Square de Londres sous un chapiteau fonctionnant à l'énergie solaire, et en présence du ministre britannique de l'Energie et du Changement Climatique, Ed Miliband. Ce film qualifié d'"effrayant" par le New York Times se déroule en 2055 et nous offre le point de vue d'un archiviste, seul survivant sur Terre, incarné par Pete Postlethwaite, et qui se demande à la vue des tragiques évènements du début du 21ème siècle pourquoi l'Homme n'a t-il rien fait pour se sauver. Conservateur d'une sorte de bibliothèque du savoir humain, l'homme appuie sur le bouton retour en arrière de son écran tactile et nous montre des images d'archives liées au changement climatique tournées lorsqu'il était encore temps pour l'humanité de s'en sortir. Des images d'aujourd'hui, en quelque sorte.
Tourné dans sept pays sur une période de trois ans, un peu comme les récents Nous Resterons Sur Terre et Home, The Age of Stupid met en avant six histoires, des images d'archives donc, et des animations notamment réalisées par Passion Pictures, créateur des anim' de Gorillaz. Dans certaines d'entre elles, Londres est sous les eaux, Sydney brûle et Las Vegas est enseveli sous des tonnes de sable.
Présenté comme plus percutant, plus alarmant et polémique qu'Une Vérité Qui Dérange, d'Al Gore, et moins esthétisant que Home, de Yann Arthus Bertrand, mais évidemment aussi polluant de par sa réalisation (bah oui...un hélico, ça pollue), The Age of Stupid, réalisé par Franny Armstrong, retentit aujourd'hui comme une énième sonnette d'alarme tirée avec désespoir pour éveiller encore un peu plus les consciences et faire en sorte de freiner le plus rapidement possible le mouvement qui nous mène à l'irréversible. Dans le film, Mark Lynas, auteur et activiste environnemental avance même l'année 2015 comme point de non-retour si la planète ne réduit pas de manière conséquente ses émissions de CO2.
Plutôt d'actualité alors que la 15ème Conférence des Nations Unis sur le Climat se déroulera à Copenhague du 7 au 18 décembre de cette année. Ce sommet, qui fait figure de dernière chance après l'échec du protocole de Kyoto, non ratifié par les Etats-Unis, responsables du quart des émissions de CO2 dans l'atmosphère terrestre, se voit déjà menacé lui aussi d'un échec. Selon Martin Kaiser, chef de la délégation politique de Greenpeace, "le risque qu'aucun accord ne soit signé au Danemark est réel" (voir Le Monde d'aujourd'hui). Ces derniers jours avaient lieu à Bonn des discussions entre les acteurs présents en décembre à Copenhague, et il semble déjà que nos représentants politiques ne soient pas prêts à faire l'effort nécessaire. Selon Kaiser, "Les pays industrialisés ne se sont engagés qu'à réduire de 10 % à 15 % leurs émissions de gaz à effet de serre par rapport aux niveaux de 1990, alors que les scientifiques les plus optimistes recommandent une réduction de 40 %". Mieux, les pays en développement n'accepteraient de signer un traité que si les pays riches, comme les Etats-Unis, acceptent de les soutenir (à juste titre) à hauteur de 160 milliards de dollars par an jusqu'en 2020. En pleine récession... Et c'est sans compter sur la "bonne" volonté de l'Inde ou la Chine, qui goûtent un peu plus chaque jour aux joies du capitalisme. Il y a donc fort à parier que Copenhague ne sera malheureusement qu'un vaste champ de bataille ouvert aux tenants du capitalisme vert...
Pour tenter d'inverser la tendance, The Age of Stupid sera projeté le 21 septembre à Central Park (NYC) en présence de Kofi Annan (ex-secrétaire général de l'ONU) et par la suite dans une quarantaine de pays, et bien-sûr sur le net. Avant la projection new-yorkaise, Thom Yorke, de Radiohead, donnera même un concert solo, ce qui est assez rare pour être souligné ! D'ailleurs Radiohead figure sur la bande son du documentaire.
Alors, le message passera t-il ? Difficile de répondre par l'affirmative même si certains, comme Caroline Lucas, leader du parti vert britannique, défient quiconque ayant vu le film de ne pas se sentir concerné et partie prenante du changement qui doit s'opérer. Difficile aujourd'hui en effet, même sans vouloir paraitre cynique, de ne pas penser qu'il est déjà trop tard et que les politiques n'y changeront rien. La consommation de masse et ses dérives, le capitalisme ultra-libéral et financier, au delà de ses récents et futurs dommages sur la vie de tout un chacun, les désastres écologiques et les frontières cyniques, visibles ou invisibles, que les hommes dressent entre eux et à l'intérieur d'eux sont autant de barrières qui peuvent paraitre infranchissables.
Toutefois, à l'instar des armes qui sont celles du capitalisme et de la publicité, la répétition d'un message garantie la diffusion de son écho dans le temps et les esprits. Espérons que celui-ci soit entendu et que les maitres du monde éveillent leurs consciences et détournent un peu le regard des pauvres chiffres de la croissance économique. On peut toujours rêver, non ? Tous concernés, du bas de l'échelle avec de petits gestes, jusqu'en haut avec des traités, des lois et des sanctions. C'est le modeste prix à payer pour éviter de sombrer dans la stupidité. Rêver, c'est génial, mais se réveiller, ça a aussi du bon, parfois. Surtout quand c'est essentiel.
Guillaume
Par Daydreamer
-
Publié dans : Actualité
-
Communauté : Sur l'étagère de mon mur
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires - Recommander
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires - Recommander


